OULIPOPART

Qu'on me pardonne cet intitulé valise qui emboîte différents courants artistiques et un mouvement littéraire mais ce bricolage de la langue, semblait convenir parfaitement au travail d'Olivier Soulerin ! En effet, bricolage et langue sont deux activités qui entrent concomitamment dans la réalisation des pièces qu'il expose.

Concernant la première, si les objets convoqués pour cette activité populaire sont une source d'inspirations formelles, c'est surtout comme méthode de création qu'elle intervient. Et, si nous devions définir cette méthode, nous pourrions parfaitement utiliser la description que Claude Lévi-Strauss fait de l'activité du bricoleur. On dirait alors que « sa première démarche pratique est avant tout rétrospective : il doit se retourner vers un ensemble déjà constitué, formé d'outils et de matériaux ; en faire, ou en refaire l'inventaire ; enfin et surtout, engager avec lui une sorte de dialogue, pour répertorier, avant de choisir entre elles, les réponses possibles que l'ensemble peut offrir au problème qu'il lui pose » 1.

Ce dialogue qui s'effectue au niveau de l'objet trouvé est tout aussi transposable à des contextes ou des situations et il n'est pas rare que le lieu d'exposition soit partie prenante dans les objets réalisés. Cependant, si cette manière de suivre les contraintes qu'impose le matériau évoque la sculpture, le fait qu'il s'agisse avant tout d'une réflexion sur le support plutôt que sur le volume, tire davantage le travail vers la peinture.

Utilisant un lexique de couleurs acidulées qui se limite aux tons isophanes 2, certaines pièces d'Olivier Soulerin provoquent visuellement un effet similaire à ce que l'homophonie provoque auditivement. Cet effet d'indistinction est un bon exemple des rapports entre le visuel et le sémantique qu'articulent certaines pièces. A la fois motifs et signes, la lettre comme le mot sont tous deux travaillés par des figures de style pour produire des résultats plastiques. Ainsi, le lien qui unit le mot « réserve » découpé dans une planche au mot « reverse » peint à l'envers sur le mur n'est pas le rapport métonymique qui unis le pochoir au signe peint, mais une relation anagrammatique entre les deux termes. Le jeu de mot qui pointe des coïncidences formelles ou sonores au sein de la langue permet ainsi d'articuler ce qui est vu à ce qui est lu.

Ce rapport à la langue et à la contrainte n'est pas sans rappeler les modes de création littéraire oulipiens. C'est aussi le cas de cet épuisement des possibilités qui anime le dernier travail entrepris à partir de la trame décorative de textiles. Ici, l'épuisement des différents parcours linéaires d'un quadrillage par un trait de peinture crée des superpositions de grilles qui provoquent un effet optique de moirage.

Si les objets que réalise Olivier Soulerin avec le bricolage comme méthode dérivent souvent d'objets du quotidien, ils n'ont aucunement un aspect bricolé. Simplement, « dans la mesure ou le modèle est artificiel, il devient possible de comprendre comment il est fait, et cette appréhension du mode fabrication apporte une dimension supplémentaire à son être » 3 comme dirait Claude.

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1 LÉVI-STRAUSS, Claude (1960). La Pensée sauvage, Paris, Plon. p.32

2 de même clarté

3 Ibid, p.38-39

Aurélien Mole 2006© courtesy Art21

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